
Mars 2020. Un virus force la planète entière à s’immobiliser.
Un masque sur le visage, deux mètres entre chaque personne, des rues désertes en plein après-midi : du jour au lendemain, des milliards de personnes se retrouvent enfermées chez elles, sans trop comprendre ce qui leur arrive. Or, quand la peur rencontre le manque d’information, une chose prolifère encore plus vite qu’un virus : les théories du complot. Très vite, Internet se remplit de récits prétendant révéler la « vraie » histoire de la pandémie. Ces complots autour de la COVID-19 rassembleront des millions de partisans.
Le mystère du papier de toilette

On ne peut pas parler de la COVID-19 sans parler du papier de toilette. Une chose est sûre : il s’agissait d’une simple rumeur de pénurie, jamais réelle, et largement relayée dans les médias. Mais il fallait bien planter le décor avant de se lancer dans les théories.
« Ils le savaient » : la prophétie de l’Event 201
Tout commence par une coïncidence troublante. Le 18 octobre 2019, soit quelques semaines avant les premiers cas de Wuhan, l’Université Johns Hopkins, le Forum économique mondial et la Fondation Bill et Melinda Gates organisent à New York une simulation baptisée Event 201. Le scénario ? Une pandémie mondiale causée par un nouveau coronavirus, qui finit par emporter 65 millions de personnes fictives. Pour bien des gens, le compte était bon : si « ils » avaient simulé exactement ça juste avant, c’est qu’« ils » savaient.
La plandémie et le Grand Reset : le complot qui voulait redémarrer le monde

Tout part d’un mot: Plandemic. Popularisé par une vidéo virale de mai 2020, il résume une thèse: la pandémie ne serait pas un accident, mais un plan orchestré par une élite mondiale.
Un plan pour faire quoi ? C’est là qu’entre en scène le Great Reset. En juillet 2020, Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial, publie un livre proposant de profiter de la crise pour « réformer le système ». De quoi nourrir l’idée d’un complot économique mondial. En novembre 2020, le documentaire français Hold-up assemble le tout en une grande fresque : élites mondiales, 5G, dépopulation, contrôle total.
Bill Gates, les micropuces et la 5G

Aucun nom ne revient plus souvent que le sien. En avril 2020, un site de biohacking déforme une vraie recherche financée par sa fondation. Un « tatouage » invisible censé conserver l’historique de vaccination, et un titre-choc : Gates voudrait nous « pucer ».
Relayée par la chaîne YouTube d’une église de Floride et vue près de deux millions de fois, l’histoire fait bientôt de lui l’homme qui injecte des micropuces dans les bras du monde entier.
Une théorie voisine accuse les antennes 5G de propager le virus, sous prétexte que Wuhan venait d’en être équipée. La rumeur quitte même l’écran : au printemps 2020, des dizaines d’antennes sont incendiées au Royaume-Uni.
Ce que disent réellement les chercheurs et les vérificateurs
Face à ces récits, scientifiques et médias spécialisés se montrent bien plus prudents. Les organisateurs d’Event 201 ont rappelé que leur simulation n’était pas une prédiction, mais un exercice de préparation courant en santé publique. Le Forum économique mondial, lui, présente le Grand Reset comme une initiative publique et non comme un plan secret.
Côté vaccins, les vérificateurs de Radio-Canada ont retracé l’origine de la rumeur des micropuces, tandis que l’industrie des télécoms et les experts de la santé démentaient tout lien entre la 5G et la COVID-19.Reste une question réellement ouverte : l’origine du virus ?
Le département de l’Énergie américain et le renseignement allemand jugent probable un accident de laboratoire à Wuhan, quand une partie de la communauté scientifique défend une origine naturelle. La thèse d’une arme biologique relâchée volontairement, elle, ne repose à ce jour sur aucune preuve publique.
Quand une pandémie devient un produit numérique

La désinformation autour de la COVID-19 n’était pas que le fruit de gens sincèrement inquiets : pour certains, c’était un véritable commerce. Une enquête du Center for Countering Digital Hate a montré qu’une douzaine de comptes seulement, surnommés le « disinformation dozen », étaient à l’origine d’environ 70 % de la désinformation vaccinale en ligne, et qu’une bonne partie de leurs revenus venait de la vente de suppléments « santé ».
Selon moi, cela illustre bien comment Internet peut transformer la peur en modèle d’affaires, autrement dit, plus la peur circulait, plus elle rapportait.
Le doute survivra-t-il aux faits ?
Et encore, nous n’avons fait qu’effleurer le sujet : les théories ont été si nombreuses qu’un seul article ne suffirait jamais à toutes les couvrir. La COVID-19 n’est d’ailleurs pas le seul virus à entretenir sa part de mystère : on vous en glisse un mot dans notre article sur l’hantavirus.
Après des années d’enquêtes et de débats, la COVID-19 demeure entourée d’autant de questions que de certitudes. Et si son plus grand mystère n’était pas le virus lui-même, mais cette étrange capacité à toujours faire naître de nouvelles questions ?

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