Pizzagate: et si « pizza » n’était qu’une pizza ?

Novembre 2016, WikiLeaks publie des milliers de courriels piratés de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton. Dans le lot, quelques échanges où son directeur de campagne, John Podesta, commande des pizzas et parle de ses fromages préférés. Un utilisateur de 4chan décide que « pizza » est un code secret. De là naît le Pizzagate, l’une des théories du complot les plus célèbres, les plus persistantes, et les plus dangereuses de l’ère Internet.

La première publication Facebook mentionnant le Pizzagate date du 29 octobre 2016. Le hashtag #Pizzagate explose sur Twitter le 7 novembre. En quelques jours, la théorie envahit Reddit, YouTube et les groupes des plus complotistes du web. Cette théorie a rapidement eu des conséquences bien réelles et pas seulement sur les écrans.

« Pizza » = code secret ? La théorie décortiquée.

La thèse centrale est la suivante : Hillary Clinton et le Parti démocrate dirigeraient un réseau de trafic sexuel d’enfants opérant depuis le sous-sol de la pizzeria Comet Ping Pong à Washington. Dans les courriels piratés, les mots « pizza », « fromage » et « pâtes » seraient des codes pizza désignerait une fille, cheese une petite fille, pasta un petit garçon. Un internaute a même établi un dictionnaire complet de ces soi-disant codes.

Sources de l’image : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_conspirationniste_du_Pizzagate

https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_conspirationniste_du_Pizzagate

Une lecture complète et attentive de ces courriels montre pourtant que ces mots désignent invariablement de la nourriture réelle. John Podesta commandait des pizzas comme des millions d’Américains chaque vendredi soir. Quant à la pizzeria, la police, le FBI et plusieurs médias indépendants ont vérifié : elle n’a pas de sous-sol. Pas d’enfants cachés. Pas de réseau. James Alefantis, le propriétaire, a tout de même reçu des menaces de mort. Pour une pizza.

L’homme qui est entré dans la pizzeria avec un fusil d’assaut.

Le 4 décembre 2016, Edgar Maddison Welch, 28 ans, quitte la Caroline du Nord au volant de sa voiture. Dans le coffre : un fusil AR-15. Destination : Washington. Il entre dans la pizzeria Comet Ping Pong, menace un employé et ouvre le feu. Son objectif : libérer les enfants. Il n’a trouvé ni sous-sol, ni enfants, ni réseau. Il s’est rendu sans résistance aux policiers et a été condamné à quatre ans de prison en juin 2017. Lors de son arrestation, il a admis ne pas avoir trouvé de preuve sans pour autant admettre que ce qu’il avait lu en ligne était faux.

La réaction de la communauté complotiste ? Welch était un acteur payé pour discréditer leur mouvement. Et Michael G. Flynn, fils du futur conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, a tweeté après la fusillade : « Jusqu’à ce que le Pizzagate soit prouvé faux, ça reste une info. » Ce tweet lui a valu d’être exclu de l’équipe de transition de Trump. Même dans les cercles proches du pouvoir, la réalité avait ses limites.

Le Pizzagate ressuscité par les dossiers Epstein.

On aurait pu croire que la fusillade marquerait la fin de la théorie. Raté. En 2024, l’administration Trump rend publics les dossiers Epstein. Le mot « pizza » y apparaît à près de 900 reprises. La complosphère s’emballe immédiatement. Les Décrypteurs ont parcouru la totalité de ces documents : chaque occurrence fait référence à de vraies pizzas dont un courriel de l’assistante d’Epstein demandant de commander une pizza chez Arturo’s à Manhattan pour un invité. Une pizza. Ordinaire. Probablement froide à la livraison. C’est précisément ce mélange entre un vrai scandale, les crimes réels d’Epstein et une fiction bien construite qui rend cette théorie si difficile à démonter.

L’actualité du moment : un emoji pizza relance le débat.

Le Pizzagate refuse décidément de mourir. En septembre 2025, Justin Bieber publie sur Instagram une photo de son fils Jack Blues, le visage couvert par un emoji pizza 🍕. Réaction immédiate de ses fans : pourquoi cet emoji précis, et pas un cœur ou un soleil comme tout le monde ? La question n’est pas anodine. Bieber traîne depuis des années des soupçons d’avoir été victime de Sean « Diddy » Combs, et certains internautes ont déjà décortiqué son clip Yummy (2020) où apparaît justement le mot « pizza » dans un courriel fictif comme un possible cri d’alarme déguisé. Sur TikTok, le hashtag #justinbieberpizzagate explose, chacun y allant de sa théorie : message codé, private joke, ou simplement un papa qui trouvait ça drôle. Une chose est sûre : près de dix ans après l’apparition du mot « pizza » dans les courriels de John Podesta, il suffit toujours d’un emoji pour raviver les soupçons.

@jonathanbarbou Justin Bieber, cache-t-il un message derrière cet emoji?🍕##pizza##justinbieber##bieber##mystere##secret ♬ Creepy and simple horror background music(1070744) – howlingindicator

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